Impôts suisses pour les étrangers : le guide complet

Infographic explaining Swiss taxes for foreigners: 3 tax levels, Quellensteuer vs. tax return, main taxes, and ways to pay less
Les impôts suisses pour les étrangers en un coup d’œil : fonctionnement du système à trois niveaux, du Quellensteuer et des principales déductions pour les résidents étrangers.

Tu viens de t’installer en Suisse et tu regardes ta première fiche de paie en te demandant où est passée une partie de ton salaire ? Tu n’es pas seul. De l’extérieur, le système fiscal suisse paraît compliqué, mais une fois que tu en comprends quelques principes clés, tu te rends compte que c’est en fait l’un des systèmes les plus transparents et les moins contraignants d’Europe.

Pour avoir une vue d’ensemble de la vie quotidienne et de son coût, tu peux lire mes comparatifs sur la vie à Tokyo ou à Zurich et la vie en Suisse ou en Corée.

Dans ce guide, je t’explique en termes simples le fonctionnement des impôts suisses, les différents impôts, la vraie différence entre un étranger et un titulaire d’un passeport suisse (indice : elle ne tient pas au passeport), le fonctionnement du Quellensteuer (l’impôt à la source) et les moyens concrets de payer légalement moins d’impôts.


L’essentiel : en Suisse, tu es imposé à trois niveaux

Avant toute chose, retiens ceci : en Suisse, tu ne paies pas un seul impôt sur le revenu. Tu en paies trois à la fois, regroupés :

  1. L’impôt fédéral (Bundessteuer), identique partout dans le pays.
  2. L’impôt cantonal (Kantonssteuer), fixé par ton canton. Il y en a 26 et les taux varient énormément.
  3. L’impôt communal (Gemeindesteuer), fixé par ta ville ou ta commune.

C’est pour ça que deux personnes qui ont exactement le même salaire peuvent payer des montants d’impôts très différents : l’une peut vivre à Zoug, où les impôts sont bas, et l’autre à Genève, où ils sont plus élevés. Ton lieu de résidence est l’un des principaux facteurs qui déterminent le montant de tes impôts. Le taux marginal combiné peut avoisiner les 22 % dans les cantons les moins chers et dépasser les 40 % dans les plus chers.


La différence essentielle : étranger ou titulaire d’un passeport suisse

Voilà le point que la plupart des guides présentent un peu de travers. En matière d’impôts en Suisse, la distinction ne se résume pas à « Suisse ou étranger ». La vraie question, c’est :

As-tu un passeport suisse OU un permis C (autorisation d’établissement / Niederlassungsbewilligung) ?

Cette seule question détermine comment tu paies ton impôt sur le revenu.

Groupe 1 : les Suisses et les titulaires d’un permis C, qui remplissent une déclaration d’impôts

Si tu es citoyen suisse ou titulaire d’un permis C (permis de séjour permanent), tu es soumis au système d’imposition ordinaire. Concrètement :

  • L’impôt n’est pas automatiquement prélevé sur ton salaire.
  • Une fois par an, tu remplis une déclaration d’impôt (Steuererklärung) où tu déclares tes revenus et ta fortune.
  • Tu reçois ensuite une facture et tu paies directement les autorités.

Les étrangers mariés à un citoyen suisse ou à un titulaire de permis C, ou liés à l’un d’eux par un partenariat enregistré font aussi partie de ce groupe : ils remplissent eux aussi une déclaration d’impôt classique.

Groupe 2 : les étrangers sans permis C, qui paient l’impôt à la source (Quellensteuer)

Si tu es étranger, que tu vis et travailles en Suisse sans permis C (généralement avec un permis L ou un permis B) et que tu n’es pas marié à un citoyen suisse ou à un titulaire de permis C, tu es imposé à la source. Ton employeur prélève l’impôt sur ton salaire chaque mois avant de te le verser. C’est la Quellensteuer.

Dès que tu obtiens un permis C, que tu épouses un citoyen suisse ou que tu es naturalisé, l’impôt à la source s’arrête et tu passes au système de déclaration d’impôt ordinaire.

Pour résumer honnêtement : ce n’est pas le passeport en lui-même qui compte, mais le type de permis. C’est lui qui détermine si l’impôt est prélevé sur ton salaire ou si tu dois remplir une déclaration.


L’impôt à la source (Quellensteuer), expliqué simplement

La Quellensteuer n’est pas un impôt supplémentaire. C’est simplement une autre méthode de prélèvement. Au lieu de payer une fois par an les impôts fédéraux, cantonaux et communaux sur le revenu, ton employeur regroupe une estimation des trois et la déduit chaque mois. Le but est d’approcher le montant que tu devrais payer avec le système habituel.

Qui la paie

  • Les salariés étrangers titulaires d’un permis L ou B (sans permis C et non mariés à un citoyen suisse ou à une personne titulaire d’un permis C).
  • Les travailleurs frontaliers (Grenzgänger) qui vivent en France, en Allemagne, en Italie, en Autriche ou au Liechtenstein et travaillent en Suisse.
  • Certains non-résidents qui perçoivent des revenus suisses (artistes, sportifs, membres de conseils d’administration, bénéficiaires de pensions).

Les codes de barème sur ta fiche de paie

Sur ta fiche de salaire, tu verras une lettre et un chiffre, comme A0 ou B2. La lettre correspond à ta catégorie tarifaire ; le chiffre indique le nombre d’enfants mineurs que tu as. Voici les catégories les plus courantes :

CodeÀ qui s’applique-t-il ?
ACélibataire, sans personne à charge
BMarié, un seul revenu dans le foyer
CMariés, les deux conjoints travaillent
HPersonne célibataire vivant avec des enfants
GTravailleur frontalier (règles particulières prévues par chaque convention fiscale)

Le taux est progressif (plus ton salaire est élevé, plus le taux augmente) et varie selon ton canton. Pour la plupart des gens, il se situe autour de 5 à 15 % du salaire brut, mais les hauts revenus dans les cantons où la vie est chère paient davantage. Le Quellensteuer applique un taux moyen cantonal, et non le taux exact de ta commune — un détail qui aura son importance plus loin (voir « comment payer moins »).

Une idée reçue fréquente : le « taux forfaitaire de 4,5 % » dont tu as peut-être entendu parler ne concerne que certains travailleurs frontaliers allemands, en vertu de la convention fiscale. Pour les autres, les taux sont plus élevés et dépendent des revenus.


La règle des 120 000 CHF et comment récupérer de l’argent (NOV)

Deux situations obligent les personnes imposées à la source à remplir une déclaration complète :

1. Tu gagnes plus de 120 000 CHF brut par an. Si ton salaire annuel brut dépasse 120 000 CHF, tu dois obligatoirement remplir une déclaration d’impôt ordinaire, en plus de l’impôt déjà prélevé à la source. Le montant payé à la source sera déduit de ton solde d’impôt définitif. (Ce seuil est la norme dans la plupart des cantons ; vérifie toujours le montant en vigueur dans le tien.)

2. Tu demandes volontairement un nouveau calcul : la NOV. NOV signifie Nachträgliche Ordentliche Veranlagung (taxation ordinaire ultérieure). Même si tu gagnes moins de 120 000 CHF, tu peux demander à être imposé comme un contribuable ordinaire afin de déduire des frais que le taux forfaitaire de l’impôt à la source ne prenait pas en compte.

Pourquoi faire cette démarche ? Parce que le Quellensteuer applique une moyenne cantonale forfaitaire et ne tient pas compte de tes déductions personnelles. Déposer une demande de NOV peut te permettre d’obtenir un remboursement si tu as, par exemple :

  • Des versements dans le pilier 3a (prévoyance privée).
  • Des rachats dans une caisse de pension (Pensionskasse-Einkauf).
  • De longs trajets coûteux ou des frais de formation continue.
  • Tu habites dans une commune où les impôts sont bas (car la retenue à la source se basait sur une moyenne cantonale plus élevée).

Attention, lis bien ce qui suit :

  • La NOV est irrévocable. Dès que tu la demandes, tu dois déposer une déclaration chaque année par la suite.
  • Si tu vis vraiment dans une commune où les impôts sont élevés, le calcul définitif peut être supérieur au montant prélevé à la source : tu devras alors payer un complément au lieu de recevoir un remboursement.
  • La date limite est généralement le 31 mars de l’année suivante.

Le mieux, c’est de faire les calculs (ou de demander conseil à un spécialiste) avant de demander une taxation ordinaire ultérieure (TOU), pour vérifier que tu y gagnerais vraiment.


Quels sont les différents impôts en Suisse ?

L’impôt sur le revenu n’est qu’une partie de l’histoire. Voici un aperçu des différents impôts et de qui les paie.

1. Impôt sur le revenu (Einkommenssteuer)

Il porte sur le salaire et la plupart des autres revenus, aux trois niveaux (fédéral, cantonal et communal). Il est payé soit par l’impôt à la source (Quellensteuer), soit au moyen de ta déclaration annuelle.

2. Impôt sur la fortune (Vermögenssteuer)

Ça surprend les nouveaux arrivants : chaque année, la Suisse taxe ta fortune nette (tes actifs moins tes dettes), y compris ton épargne, tes placements, tes biens immobiliers, etc. C’est un impôt cantonal et communal, généralement faible — environ 0,05 à 0,9 % selon le canton — qui ne pèse vraiment que lorsque la fortune atteint un niveau élevé.

3. Impôt sur les gains en capital : en gros, 0 % pour les investisseurs privés

C’est l’un des grands avantages de la Suisse. Si tu investis à titre privé, les gains réalisés en vendant des actions, des ETF ou des cryptos ne sont pas imposés. Il n’y a pas d’impôt sur les gains en capital pour les biens mobiliers détenus à titre privé. (Les gains immobiliers sont imposés séparément et les traders « professionnels » peuvent être requalifiés, mais pour les investisseurs ordinaires, c’est un avantage considérable.)

4. Impôt anticipé sur les placements (Verrechnungssteuer)

Ne le confonds pas avec le Quellensteuer. La Verrechnungssteuer est un impôt fédéral de 35 % sur les revenus de placements : dividendes, intérêts et gains de loterie. Il s’applique à tout le monde, y compris aux citoyens suisses. La bonne nouvelle : si tu déclares correctement ces revenus dans ta déclaration d’impôts, les 35 % te sont remboursés ou crédités. C’est essentiellement une façon pour l’État de décourager les revenus non déclarés.

5. Cotisations sociales (AVS/AI/APG + AC)

Ce ne sont pas vraiment des « impôts », mais ces cotisations sont déduites de chaque fiche de paie : assurance vieillesse et invalidité, ainsi qu’assurance chômage. La part à la charge du salarié représente environ 6,4 % du salaire, répartie entre les différentes assurances, et ton employeur verse la même somme.

6. TVA (Mehrwertsteuer / MWST)

La TVA suisse est faible par rapport aux standards européens : le taux normal est de 8,1 %, le taux réduit de 2,6 % s’applique aux produits essentiels comme les aliments, et le taux pour les nuitées à l’hôtel est de 3,8 %.

7. Autres impôts

Selon ta situation, tu peux aussi être concerné par l’impôt sur les successions et les donations (cantonal ; les conjoints et les enfants en sont généralement exonérés), l’impôt foncier et l’impôt ecclésiastique (facultatif, tu peux choisir de ne pas le payer).


Comment en profiter concrètement : payer moins, en toute légalité

La Suisse te donne de vrais moyens légaux de réduire ta facture fiscale. Voici les principaux.

1. Verse le maximum possible dans le pilier 3a (prévoyance privée). Les sommes versées sur un compte du pilier 3a sont entièrement déductibles de ton revenu imposable, jusqu’à un plafond annuel (un peu plus de 7 000 CHF pour les salariés affiliés à une caisse de pension ; vérifie le montant exact pour l’année en cours). C’est le moyen le plus populaire d’économiser des impôts en Suisse et, grâce à de récents changements de règles, tu peux même, dans certains cas, effectuer des versements rétroactifs au pilier 3a pour les années où tu n’as rien versé.

2. Effectue un rachat dans ta caisse de pension (Pensionskasse-Einkauf). Si tu as une lacune de cotisation dans ta prévoyance professionnelle, les rachats volontaires sont eux aussi déductibles. C’est particulièrement utile les années où tes revenus sont élevés.

3. Demande une taxation ordinaire ultérieure (NOV) si cela joue en ta faveur. Comme expliqué plus haut, les personnes imposées à la source qui vivent dans des communes où les impôts sont bas ou qui ont d’importantes déductions peuvent demander un remboursement.

4. Choisis bien ton canton et ta commune. Comme les taux varient beaucoup, le lieu où tu déclares ta résidence a un réel impact sur le montant de tes impôts. Les cantons où la fiscalité est faible, comme Zoug, Schwytz et Nidwald, sont populaires pour cette raison. Un déménagement d’une commune à une autre au sein d’un même canton peut aussi faire la différence.

5. Profite de l’exonération des gains en capital à 0 %. Les gains réalisés sur des placements privés à long terme en actions et en ETF ne sont pas imposés. C’est l’une des grandes raisons pour lesquelles la Suisse attire ceux qui veulent se constituer un patrimoine.

6. Déclare toutes les déductions auxquelles tu as droit. Les frais de déplacement domicile-travail, de formation continue, de garde d’enfants, les primes d’assurance, les frais professionnels et bien d’autres dépenses peuvent réduire ton revenu imposable lorsque tu remplis ta déclaration.

7. L’imposition d’après la dépense (Pauschalbesteuerung), pour les étrangers fortunés qui ne travaillent pas. Ce régime spécial permet aux étrangers fortunés qui remplissent les conditions requises d’être imposés sur leurs dépenses de train de vie plutôt que sur leurs revenus mondiaux. Il concerne un nombre limité de personnes et les conditions sont strictes, mais ça vaut la peine de savoir qu’il existe.


Une réforme majeure se profile : la fin de la « pénalisation du mariage »

Une réforme importante se profile. Les électeurs suisses ont approuvé la Loi fédérale sur l’imposition individuelle : à terme, chaque adulte sera imposé individuellement, quel que soit son statut marital.

Aujourd’hui, les couples mariés remplissent une déclaration commune et leurs revenus sont additionnés. Avec un barème progressif, cela peut les faire passer dans une tranche d’imposition supérieure à celle d’un couple non marié. C’est ce qu’on appelle la « pénalisation du mariage » (Heiratsstrafe).

Ce que prévoit la réforme :

  • Chaque conjoint remplira sa propre déclaration d’impôts et sera imposé séparément.
  • Les couples où les deux conjoints ont des revenus similaires sont les grands gagnants. Les ménages avec un seul revenu, où l’un des partenaires gagne peu ou rien, pourraient payer un peu plus.
  • La déduction fédérale pour enfant augmente (jusqu’à environ 12 000 CHF par enfant au niveau fédéral).
  • À noter : la réforme a été approuvée, mais elle n’est pas encore entrée en vigueur. Sa mise en place complète devrait s’échelonner sur les prochaines années (au plus tard d’ici 2032), certains cantons pouvant avancer plus vite. Rien ne changera du jour au lendemain sur ta fiche de paie : vérifie le calendrier prévu dans ton canton auprès de l’administration fiscale.

FAQ express

Les étrangers paient-ils plus d’impôts que les Suisses en Suisse ?

Non, les taux sont les mêmes. La différence tient à la méthode : les étrangers sans permis C ont leurs impôts prélevés chaque mois à la source (Quellensteuer), tandis que les Suisses et les titulaires d’un permis C remplissent une déclaration annuelle. La charge fiscale sous-jacente est conçue pour être équivalente.

Quand cesse-t-on de payer l’impôt à la source (Quellensteuer) ?

Quand tu obtiens un permis C, que tu épouses un citoyen suisse ou une personne titulaire d’un permis C, ou que tu es naturalisé. Ensuite, tu remplis une déclaration d’impôt ordinaire.

L’impôt à la source (Quellensteuer), c’est la même chose que les 35 % retenus sur mes dividendes ?

Non. Ces 35 % correspondent à l’impôt anticipé (Verrechnungssteuer) sur les revenus de placements, et tu peux les récupérer en déclarant ces revenus. L’impôt à la source est prélevé sur ton salaire.

Je gagne plus de 120 000 CHF. Qu’est-ce que je dois faire ?

Tu dois remplir une déclaration d’impôt complète, en plus de l’impôt déjà retenu. Le montant prélevé est déduit de ta facture fiscale finale.

Mes gains en Bourse sont-ils imposés en Suisse ?

Pour un investisseur privé ordinaire, il n’y a pas d’impôt sur les gains en capital réalisés sur les actions, les ETF ou les cryptomonnaies. En revanche, tu peux devoir payer chaque année un impôt sur la fortune correspondant à la valeur de ces placements, et les dividendes et les intérêts sont considérés comme des revenus imposables.

Quelle est la règle des 120 000 CHF en Suisse ?

Si ton revenu brut salarié dépasse 120 000 CHF par an, tu ne peux plus tout régler par l’impôt à la source. Tu dois remplir une déclaration d’impôt ordinaire (procédure NOV) ; l’impôt déjà prélevé est déduit de ta facture finale et tu peux demander des déductions auxquelles tu n’aurais autrement pas droit.

La Suisse prélève-t-elle un impôt sur la fortune ?

Oui. La Suisse prélève chaque année un impôt sur la fortune (Vermögenssteuer) calculé sur ton patrimoine net, notamment ton épargne, tes placements et tes biens immobiliers. Il est prélevé au niveau cantonal et communal. Les taux sont faibles, mais cet impôt s’applique même lorsque les gains en capital sont exonérés.

En quoi consiste la réforme de la pénalité du mariage en Suisse ?

La Suisse s’oriente vers une imposition individuelle, qui mettrait fin à la « pénalité du mariage » : certains couples mariés paient davantage que deux personnes non mariées ayant le même revenu. La réforme est toujours en cours ; son calendrier et ses modalités exacts dépendent donc du processus législatif.


Ce guide fournit des informations générales et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les règles fiscales suisses varient d’un canton à l’autre et évoluent avec le temps : vérifie donc toujours les taux et les seuils en vigueur. Pour ta situation particulière, notamment les décisions liées à la NOV, les revenus transfrontaliers ou la réforme de l’imposition individuelle, consulte un conseiller fiscal suisse qualifié ou ton administration fiscale cantonale.

Si tu compares différents pays, j’ai aussi écrit un guide sur les impôts au Japon pour les étrangers.

Tu te demandes comment les salaires suisses se comparent à ceux du Japon, une fois les impôts et le coût de la vie pris en compte ? Consulte mon comparatif des salaires en Suisse et au Japon.

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