
Postuler à un master au Japon a été l’une des expériences les plus frustrantes et les plus enrichissantes de ma vie. En venant de Suisse, je pensais que la procédure ressemblerait à celle des universités européennes : envoyer mes documents en ligne, attendre une réponse et préparer mon inscription. J’ai vite découvert que le Japon fonctionnait très différemment.
Mon parcours m’a amené à contacter des professeurs plusieurs mois avant la date limite, à envoyer des documents papier à l’autre bout du monde, à me débrouiller avec des consignes expliquées seulement en partie en anglais et à comprendre par moi-même que des détails apparemment insignifiants peuvent décider de l’acceptation ou du rejet d’une candidature. Dans mon cas, une candidature a été rejetée parce que j’avais fourni une signature numérique alors qu’une signature manuscrite était exigée. Après des semaines passées à préparer mes documents, cette petite erreur m’a fait perdre tout un cycle de candidature.
J’ai fini par être admis à la Graduate School of Fundamental Science and Engineering de l’université Waseda et je suis parti m’installer à Tokyo pour commencer mes études. Avec le recul, j’ai compris que la plupart des guides en ligne ne font qu’expliquer la procédure officielle. Très peu parlent des réalités concrètes auxquelles les étudiants internationaux sont vraiment confrontés : comment contacter les professeurs, ce que recherchent les commissions d’admission, combien de temps prend l’envoi de documents à l’international, quels documents posent le plus de problèmes et comment éviter les erreurs coûteuses. Après l’admission vient le visa, que j’explique étape par étape dans mon guide du visa étudiant pour le Japon. Chaque novembre, le campus accueille aussi le Waseda-sai, le plus grand festival universitaire du Japon.
Ce guide rassemble les exigences officielles et mon expérience personnelle en tant que candidat international. Je l’ai écrit pour les étudiants qui envisagent sérieusement de poursuivre leurs études supérieures au Japon et veulent savoir concrètement à quoi ressemble la procédure, du premier mail envoyé à un professeur jusqu’à la réception de la lettre d’admission.
Que tu postules à l’université Waseda, à l’université de Tokyo, à l’université de Kyoto, à l’université d’Osaka ou dans un autre établissement japonais, beaucoup des leçons que j’ai tirées de mon expérience s’appliquent à l’ensemble du système d’admission en études supérieures au Japon. Mon objectif est simple : t’aider à éviter mes erreurs et à maximiser tes chances de recevoir une lettre d’admission d’une université japonaise. Si ton japonais n’est pas encore au point, passer un an dans l’une des écoles de japonais au Japon est une première étape courante.
Qu’est-ce que l’admission AO à l’université Waseda ?
AO signifie Admissions Office, le bureau des admissions. Au lieu de classer les candidats selon un unique examen écrit, la sélection prend en compte l’ensemble de ton dossier : ton projet de recherche, l’adéquation avec un directeur potentiel, les pièces justificatives et un bref entretien. Pour les étudiants internationaux qui postulent à un programme de master en anglais à Waseda, c’est généralement la principale voie d’admission.
En pratique, la procédure repose donc davantage sur les échanges et les documents que sur les examens. Tu cherches un professeur dont les travaux correspondent à tes intérêts, tu le contactes plusieurs mois à l’avance et tu construis ta candidature autour d’un projet de recherche clair. Dans la suite de ce guide, je détaille chaque étape dans l’ordre où je les ai suivies, y compris les erreurs qui m’ont fait perdre du temps.
1. Universités publiques ou privées : le choix le plus important à faire
La première étape consiste à choisir où postuler, et cette décision influencera presque toute la suite de ta candidature. Avant de commencer à me renseigner sur les formations de master au Japon, je pensais que toutes les universités suivaient un processus d’admission similaire. J’ai vite compris que la réalité était bien différente.
Au Japon, les pratiques d’admission varient beaucoup entre les universités publiques et privées.
Universités publiques
De nombreuses universités nationales et publiques accordent une grande importance aux examens d’entrée. Les exigences varient selon l’établissement et le département, mais on demande souvent aux candidats de passer des épreuves écrites, des tests techniques ou des entretiens. Il peut être nécessaire de se rendre au Japon avant même de recevoir une offre d’admission.
Pour les étudiants internationaux, cela peut compliquer les choses. En plus de préparer ton dossier de candidature, tu devras peut-être prévoir le budget des vols internationaux, de l’hébergement et des transports, et potentiellement de plusieurs déplacements. Pour les étudiants qui postulent depuis l’Europe, l’Amérique du Nord ou d’autres régions éloignées, la facture peut facilement atteindre plusieurs milliers de dollars avant même que l’admission soit garantie.
Plusieurs universités sur lesquelles je me suis renseigné demandaient beaucoup plus d’échanges directs avec les laboratoires et les professeurs que je ne l’avais imaginé. Dans certains cas, on encourageait vivement les candidats à établir une relation avec un professeur avant de déposer officiellement leur candidature.
Universités privées
Les universités privées comme l’université Waseda ou l’université Doshisha proposent souvent ce qu’on appelle les admissions AO (Admissions Office). Les modalités exactes varient selon les établissements, mais ces voies d’admission sont généralement bien plus accessibles aux étudiants internationaux.
Plutôt que de s’appuyer principalement sur un examen écrit, l’évaluation porte sur des documents tels que :
- Relevés de notes
- Projets de recherche ou lettres de motivation
- Lettres de recommandation
- Attestations de niveau linguistique
- Expériences de recherche antérieures
- Entretiens en ligne ou en personne
C’est l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai finalement choisi l’université Waseda. En tant que candidat vivant à l’étranger, j’ai pu effectuer la majeure partie des démarches à distance, ce qui a considérablement réduit les coûts et les incertitudes. Au lieu de préparer un examen d’entrée au Japon, j’ai pu consacrer mon temps à constituer un dossier solide et à montrer en quoi mon profil correspondait bien au programme.
Mon conseil
Pour la plupart des candidats internationaux, les universités privées offrent une voie d’accès plus fluide à l’enseignement supérieur japonais. Cela ne veut pas dire qu’il est plus facile d’y être admis. Waseda reste très sélective et ses critères d’admission sont rigoureux. En revanche, la procédure est souvent plus pratique pour les étudiants qui postulent depuis l’étranger.
Si tu veux étudier au Japon sans faire plusieurs allers-retours avant ton inscription, renseigne-toi en priorité sur les universités qui proposent une admission sur dossier.
Petit conseil : chaque université a ses particularités. Consulte toujours la page « Admissions » correspondant à l’année visée. Ce guide suit précisément la procédure de la Faculté des sciences et de l’ingénierie de Waseda.
2. L’e-mail de « premier contact »
Avant de dépenser le moindre yen en frais de candidature, en traductions de documents ou en envoi postal international, vérifie que tu remplis bien les conditions pour la rentrée visée. C’est l’une des étapes les plus souvent négligées de toute la procédure de candidature, alors qu’elle peut t’épargner beaucoup de temps, d’argent et de frustration.
Les services administratifs des universités japonaises sont généralement professionnels, réactifs et disponibles pour répondre aux questions des futurs étudiants. En revanche, ils appliquent les conditions d’éligibilité avec une grande rigueur. Contrairement à certaines universités occidentales, qui peuvent étudier individuellement les dossiers limites, les établissements japonais suivent souvent les règles écrites à la lettre. Si les conditions précisent que les candidats doivent avoir obtenu un diplôme donné, suivi un nombre minimal d’années d’études ou justifié d’un niveau de langue à une date précise, les dérogations sont rares.
Je te recommande vivement de contacter le service des admissions avant de commencer ta candidature si tu as le moindre doute sur ton parcours universitaire. C’est particulièrement important si tu as suivi un cursus atypique, étudié dans plusieurs pays, transféré des crédits d’un établissement à un autre ou obtenu des qualifications qui ne correspondent pas vraiment au système éducatif japonais.
Au cours de ma propre candidature, j’ai découvert que beaucoup d’idées que se font les candidats internationaux se révèlent fausses. Un détail aussi simple que la date prévue d’obtention du diplôme, le format d’un relevé de notes ou le libellé d’un diplôme peut déterminer si une candidature est considérée comme valide. Clarifier ces points dès le début peut t’éviter des semaines de préparation inutile.
Le service des admissions peut souvent répondre à des questions comme celles-ci :
- Si ton diplôme répond aux exigences académiques minimales
- Si tes relevés de notes doivent faire l’objet de traductions certifiées
- Si un certificat provisoire de fin d’études est accepté
- Quelles qualifications en anglais sont reconnues
- Si le programme que tu as choisi exige de contacter un professeur au préalable
- Si tu peux candidater dans une catégorie d’admission spécifique, comme l’admission AO
Prendre le temps de vérifier que tu remplis les conditions avant de te lancer n’est peut-être pas la partie la plus passionnante d’une candidature en master, mais c’est l’un des meilleurs investissements que tu puisses faire. Un bref e-mail aujourd’hui peut t’éviter de dépenser des centaines d’euros et de connaître des mois de déception plus tard.
Modèle de demande de renseignements au service administratif :
Objet : Demande de renseignements sur la rentrée du master – [mois année] – [ton nom]
Madame, Monsieur,
Je vous écris pour me renseigner sur la date limite de candidature au programme de master de votre université pour la rentrée de [mois année]. Je souhaiterais savoir s’il est encore possible de déposer un dossier.
Par ailleurs, est-il possible de déposer sa candidature en ligne, ou tous les étudiants doivent-ils envoyer leur dossier par courrier postal ?
Je vous remercie pour le temps que vous m’accorderez et pour l’attention portée à ma demande.
Cordialement, [Ton nom]
La réalité : tu découvriras sans doute que le Japon n’est pas entièrement numérisé. Tu dois tout envoyer par courrier physique (DHL/FedEx). Il n’y a donc aucune marge d’erreur : si un document n’est pas conforme, impossible de simplement le « renvoyer en ligne ».
3. Lettres de recommandation : l’erreur qui m’a coûté une chance d’admission
C’est là que j’ai échoué lors de ma première candidature à l’université Doshisha, à Kyoto.
Venant de Suisse, je pensais que les lettres de recommandation étaient une simple formalité. Dans la plupart des pays européens, les signatures numériques sont largement acceptées et les documents officiels s’échangent couramment par voie électronique. Je n’avais aucune raison de penser qu’une lettre de recommandation signée numériquement poserait problème.
Je me trompais.
Après avoir passé des semaines à préparer ma candidature, à rassembler mes relevés de notes, à faire traduire des documents et à remplir soigneusement chaque formulaire, j’ai rencontré un problème : l’une de mes lettres de recommandation ne respectait pas les exigences de l’université. Ce qui aurait été parfaitement acceptable dans de nombreux pays occidentaux ne l’était pas selon les règles d’admission de l’établissement.
Cette expérience m’a appris l’une des leçons les plus importantes quand on postule dans une université japonaise : ne pars jamais du principe que les normes internationales et japonaises sont les mêmes.
Les règles concernant les lettres de recommandation
Les exigences varient d’un établissement à l’autre, mais beaucoup d’universités japonaises attendent des lettres de recommandation qu’elles respectent un format très traditionnel.
Signature manuscrite à l’encre uniquement
Le professeur doit signer le document à la main, au stylo.
Ne pars pas du principe que les signatures électroniques, les signatures numérisées, les certificats numériques ou des services comme DocuSign seront acceptés. Même si ces méthodes sont légalement valides dans ton pays, les services d’admission japonais peuvent refuser les documents qui ne respectent pas les exigences publiées.
L’obligation d’utiliser une enveloppe scellée
Beaucoup d’universités exigent que la lettre de recommandation soit placée dans une enveloppe scellée par le professeur ou l’université.
L’enveloppe peut aussi devoir comporter :
- Un tampon officiel de l’université
- Un sceau de la faculté
- La signature du professeur sur le rabat
- Du papier à en-tête officiel de l’université
Vérifie toujours les exigences exactes de l’établissement que tu vises.
Le cercle vicieux
Le plus frustrant, c’est qu’une fois l’enveloppe scellée, tu n’es généralement pas censé l’ouvrir.
Ça veut dire que tu ne peux pas vérifier :
- Si la lettre a été signée correctement
- Si la bonne date a été indiquée
- Si ton nom a été correctement orthographié
- Si toutes les pages étaient incluses
- Si le cachet requis avait été apposé
Si le dossier contient une erreur, tu risques de ne le découvrir que lorsque l’université te contactera ou, dans le pire des cas, rejettera ta candidature.
Ce que je ferais différemment aujourd’hui
Avec le recul, je commencerais les démarches pour obtenir ma lettre de recommandation bien plus tôt.
Je fournirais aux professeurs :
- Les consignes officielles de l’université
- Une checklist des pièces à fournir
- Des exemples de modèles de lettres de recommandation
- Des échéances claires qui tiennent compte des délais d’expédition internationale
Je soulignerais aussi poliment que les universités japonaises ont souvent des exigences de mise en forme plus strictes que les établissements européens.
Une autre solution
Si tu n’es pas particulièrement proche d’un professeur, ou si tes professeurs ne connaissent pas bien les admissions internationales en master, tu peux contacter le service central de l’administration de ton université.
Dans bien des cas, les services administratifs s’occupent régulièrement des lettres de recommandation, des certifications officielles et de la vérification des documents. Comme ils traitent plus souvent des demandes internationales, ils connaissent peut-être mieux les exigences concernant les tampons, les sceaux, les signatures et les enveloppes officielles.
D’après mon expérience, les services administratifs suivent souvent les procédures officielles de façon plus rigoureuse que les membres du corps enseignant pris individuellement, ce qui réduit le risque d’un rejet évitable pour un simple problème technique.
Passer autant de temps à s’inquiéter pour une seule lettre de recommandation peut sembler excessif. Mais, quand on postule dans une université japonaise, de petits détails administratifs peuvent décider si ton dossier sera examiné ou rejeté avant même que quelqu’un lise ton projet de recherche.
Modèle
Madame, Monsieur,
Je recommande avec grand plaisir [votre nom] pour tout projet professionnel ou universitaire qu’il pourrait envisager. En tant qu’ancien directeur des relations internationales de notre université, j’ai eu le privilège de travailler en étroite collaboration avec [votre nom] pendant ses études en [votre cursus de licence], de 2018 à 2021.
Au-delà de ses résultats universitaires, [votre nom] s’est également distingué par son engagement en faveur de son épanouissement personnel et des échanges culturels pendant ses études dans notre université. Il a étudié à l’étranger, à [votre université] à Séoul, en Corée du Sud, où il a obtenu le certificat de compétence mondiale. Cette expérience a élargi ses horizons et lui a fait découvrir de nouvelles façons de penser, d’apprendre et d’échanger avec des personnes d’horizons variés. De plus, [votre nom] a participé activement à différents événements et initiatives internationaux organisés par notre université, montrant ainsi sa volonté de s’ouvrir à d’autres cultures et communautés.
Au vu de mon expérience de travail avec [votre nom], je suis convaincu qu’il possède les qualités nécessaires pour réussir dans tout contexte universitaire ou professionnel international. Son excellent dossier universitaire, ses compétences techniques et son goût pour l’épanouissement personnel font de lui un candidat de valeur pour toutes les possibilités qu’il pourrait saisir.
Pour toute information complémentaire ou question, n’hésitez pas à me contacter.
Cordialement,
4. Trouver et contacter un directeur de recherche : l’étape la plus importante de tout le processus
À l’université Waseda, il est vivement conseillé aux futurs étudiants en master et en doctorat de contacter un directeur de recherche potentiel avant de déposer leur candidature. Les exigences précises varient selon le département et le programme, mais cette étape peut faire la différence entre une candidature retenue et un rejet immédiat.
Beaucoup de candidats internationaux passent des semaines à peaufiner leur lettre de motivation, tout en se renseignant à peine sur les professeurs avec qui ils espèrent travailler. En réalité, la relation que tu établis avec un directeur de recherche potentiel est souvent l’un des facteurs les plus importants du processus d’admission.
Un professeur ne cherche pas simplement à savoir si tu es un bon étudiant. Il évalue aussi si tes intérêts de recherche correspondent à ceux de son laboratoire, s’il a la capacité de t’encadrer et si tu peux contribuer à son environnement de recherche au cours des prochaines années.
Étape 1 : trouver un sujet de recherche qui correspond
Ne contacte pas simplement le professeur le plus connu du département.
L’une des plus grandes erreurs des candidats consiste à choisir un directeur de recherche uniquement pour sa réputation. Chaque année, les professeurs japonais reçoivent de nombreuses demandes de la part de futurs étudiants, et les e-mails génériques se repèrent facilement.
Prends plutôt le temps de consulter la base de données des chercheurs de l’université et les sites web des laboratoires. Lis leurs publications récentes, découvre leurs projets en cours et les descriptions de leurs recherches actuelles.
Pose-toi ces questions :
- Que recherchent-ils en ce moment ?
- Quels projets sont actuellement menés dans leur laboratoire ?
- Quels sujets sont-ils susceptibles d’encadrer au cours des deux prochaines années ?
- Comment ton parcours se rattache-t-il à leurs travaux ?
Par exemple, je m’intéressais à l’Internet des objets, à la sécurité et aux technologies des villes intelligentes. Plutôt que de chercher un professeur ayant publié le plus d’articles, j’ai choisi quelqu’un dont les axes de recherche correspondaient aux domaines que je voulais explorer pendant mon master.
Étape 2 : rédiger un premier e-mail professionnel
Ton premier e-mail doit être concis, professionnel et respectueux.
Un message type doit inclure :
- Une brève présentation de toi
- Ton université ou ton employeur actuel
- Ton parcours universitaire
- Tes intérêts de recherche
- Pourquoi leur laboratoire t’intéresse
- Une demande pour discuter d’un éventuel encadrement
J’ai aussi joint :
- Mon CV
- Mon projet de recherche
- Mes relevés de notes
N’oublie pas que les professeurs sont très occupés. Un e-mail court et ciblé est généralement bien plus efficace qu’un long récit de vie.
Mon expérience avec mon futur directeur
Pour ma candidature, j’ai contacté un professeur de l’École supérieure des sciences fondamentales et de l’ingénierie de l’université Waseda.
À l’époque, je m’intéressais surtout à l’IoT et à la sécurité. Mais en me renseignant de plus près sur son laboratoire, j’ai remarqué qu’une partie de ses recherches s’orientait vers les technologies blockchain et des domaines connexes.
Au lieu de prétendre que mes intérêts correspondaient parfaitement aux siens, j’ai été tout à fait honnête sur mon parcours et mes objectifs. J’ai expliqué sur quoi j’avais travaillé dans le cadre professionnel, ce que j’espérais étudier pendant mon master et quels points communs je voyais entre mes intérêts et les axes de recherche du laboratoire.
À ma grande surprise, cette honnêteté a joué en ma faveur.
Le professeur ne s’attendait pas à ce que nos sujets de recherche correspondent parfaitement. Il a apprécié que je me sois clairement renseigné sur ses travaux et que j’aie compris à la fois les points communs et les différences entre nos intérêts.
L’entretien
Après nos premiers échanges, j’ai été invité à un bref entretien.
Beaucoup de candidats s’imaginent des examens techniques interminables, avec des questions difficiles. Mon expérience a été bien plus détendue.
L’entretien a duré environ dix minutes et portait surtout sur mes motivations.
La question dont je me souviens le plus clairement était :
Pourquoi le Japon, et pourquoi Waseda ?
Avec le recul, cette question ne portait pas vraiment sur le Japon. Elle portait sur mon engagement.
L’université voulait savoir si j’avais mûrement réfléchi à ma décision, si je comprenais ce qu’impliquait le fait d’étudier à l’étranger et si j’avais de vraies raisons de choisir Waseda plutôt que les innombrables autres universités du monde.
Ce que les professeurs cherchent vraiment
D’après mon expérience, les professeurs cherchent souvent moins le candidat parfait qu’un étudiant qui :
- S’intéresse sincèrement à la recherche
- Est bien préparé
- Est honnête sur ses capacités
- Est capable de mener à bien un master
- S’intègre bien à la culture du laboratoire
Il est important que ton projet corresponde aux recherches du laboratoire, mais l’authenticité compte tout autant. Montrer que tu comprends les travaux d’un professeur et que tu sais expliquer clairement tes propres objectifs fait souvent meilleure impression que d’essayer de créer un lien artificiel entre des domaines de recherche sans rapport.
5. Rédiger le projet de recherche : le document qui peut faire ou défaire ta candidature
S’il y a un document qui mérite que tu y consacres le plus gros de tes efforts, c’est le projet de recherche.
Beaucoup de candidats pensent que le projet de recherche n’est qu’une formalité ou un court texte sur un sujet qui les intéresse. En réalité, c’est souvent le document le plus important de tout le dossier de candidature. Tes relevés de notes montrent ce que tu as fait jusqu’ici. Ton CV indique où tu as travaillé. Tes lettres de recommandation révèlent ce que les autres pensent de toi. Le projet de recherche, lui, démontre ton potentiel pour l’avenir.
Le comité d’admission veut voir que tu sais repérer une problématique importante, comprendre les recherches existantes et élaborer un plan réaliste pour l’étudier pendant ton master.
Mon projet de recherche pour l’université Waseda
Quand j’ai candidaté à l’université Waseda, je savais qu’il me fallait un sujet à la fois pertinent sur le plan universitaire et important à mes yeux.
Plutôt que de choisir un sujet purement théorique, j’ai décidé de m’appuyer sur mon parcours de candidat suisse, intéressé par les technologies émergentes et le développement urbain.
Mes recherches portaient sur la mise en œuvre des technologies de l’Internet des objets (IdO) dans les mégapoles.
Mais écrire simplement sur l’IdO ne suffisait pas. Des milliers d’étudiants peuvent parler d’objets connectés, de capteurs et d’infrastructures intelligentes. Il me fallait une problématique concrète qui fasse le lien entre mon expérience, mes centres d’intérêt et les domaines de recherche de Waseda.
Faire le lien entre la Suisse et Tokyo
L’un des principaux atouts des candidats internationaux, c’est leur regard singulier.
Alors que beaucoup de candidats se concentrent uniquement sur le Japon, j’ai choisi de faire le lien entre deux environnements très différents : Tokyo et la Suisse.
Tokyo est l’une des plus grandes métropoles du monde et l’une des plus avancées sur le plan technologique. La ville gère d’immenses réseaux de transport, des réseaux de services publics, des infrastructures de communication et des services publics grâce à des technologies numériques toujours plus sophistiquées.
La Suisse fait face à un défi très différent. Même si ses villes sont bien plus petites, elles doivent elles aussi se préparer à la demande croissante en infrastructures intelligentes, en services connectés et en développement urbain durable.
Ma question de recherche est finalement devenue :
Comment les enseignements tirés des déploiements de l’Internet des objets à grande échelle à Tokyo peuvent-ils contribuer au développement des futures villes intelligentes en Suisse ?
Cette comparaison internationale a montré que mon projet avait une portée concrète, au-delà du seul cadre universitaire.
Le défi de la sécurité
Un autre élément essentiel de mon projet était la sécurité de l’information.
Les villes intelligentes génèrent d’énormes quantités de données. Les capteurs de circulation, les systèmes de surveillance environnementale, les bâtiments connectés, les réseaux de transports publics et les réseaux de distribution collectent tous des informations en continu.
Plus une ville est connectée, plus sa surface d’attaque potentielle s’étend.
C’est pourquoi j’ai intégré la sécurité de l’information au cœur de mon projet de recherche. Au lieu de la traiter comme une question secondaire, j’en ai fait une condition indispensable à l’adoption réussie de l’IoT.
Pendant ma préparation, je me suis aussi renseigné sur des membres du corps professoral dont les compétences pourraient compléter mon projet, notamment des professeurs spécialisés en sécurité de l’information et dans des domaines connexes. Montrer que je connaissais les directeurs de recherche potentiels et leurs sujets de recherche prouvait que j’avais pris le temps de comprendre comment mon projet pouvait s’inscrire dans le cadre universitaire de Waseda.
Ce que les commissions d’admission veulent voir
Avec le recul, je pense que le point fort de mon projet de recherche n’était pas la technologie en elle-même.
C’est parce que le projet répondait clairement à trois questions :
- Pourquoi ce problème est-il important ?
- Pourquoi es-tu la bonne personne pour l’étudier ?
- Pourquoi cette université est-elle le bon endroit pour mener cette recherche ?
Beaucoup de candidats se concentrent sur les détails techniques et négligent ces questions plus générales. Un bon projet de recherche ne doit pas seulement présenter un sujet : il doit aussi expliquer pourquoi le projet compte et pourquoi tu es particulièrement bien placé pour le mener.
Les meilleurs projets de recherche allient rigueur académique et motivation personnelle. Quand le comité d’admission voit clairement le lien entre ton parcours, tes objectifs et les atouts de l’université, ta candidature est bien plus convaincante qu’un projet générique rédigé uniquement pour remplir une formalité.
Modèle
Avec la place grandissante de l’Internet des objets (IdO) dans notre quotidien, celui-ci va transformer notre façon de vivre et de travailler. À mesure que ces appareils connectés se répandent, nous pouvons recueillir et analyser d’immenses quantités de données en temps réel. Avec davantage de données, nous pouvons prendre des décisions mieux éclairées, optimiser les processus et ainsi gagner en efficacité.
L’un des meilleurs usages des objets connectés se trouve dans les villes intelligentes. Pendant ma licence à [ton université], j’ai rédigé un mémoire sur les plateformes IoT pour les villes intelligentes et sur la manière de choisir la bonne plateforme. Dans le cadre de ce travail, j’ai participé au Make Zurich Hackathon, qui met en relation des programmeurs et des projets citoyens de la ville pour concevoir des solutions IoT.
Pour le hackathon, j’ai écrit un logiciel pour la ville de Zurich. J’ai utilisé un Arduino équipé d’un capteur de chaleur pour mesurer la fréquentation des espaces de barbecue publics. Les données étaient stockées dans la solution IoT d’Amazon et analysées sur un tableau de bord conçu avec Angular.
À terme, l’optimisation des processus grâce aux données permettra de réduire la consommation d’énergie dans les villes et de les rendre plus durables et plus efficaces. C’est particulièrement important dans les grandes villes comme Tokyo, où de petites améliorations peuvent avoir des effets positifs significatifs sur l’environnement.
À Waseda, mes recherches porteront sur les questions de confidentialité et de sécurité liées à l’IoT, notamment sur la réduction des risques de fuites de données et de cyberattaques. Je veux aussi étudier comment l’IoT peut contribuer au développement durable et à l’efficacité, et approfondir mes compétences techniques en programmation IoT et en intégration de plateformes.
J’ai utilisé le même projet de recherche quand j’ai postulé à l’université Yonsei, en Corée, et j’ai aussi été admis.
6. La « checklist Waseda » pour l’admission AO
Une fois qu’un professeur t’a dit « oui », tu dois suivre à la lettre le guide officiel de la Faculté des sciences et de l’ingénierie.
| Étape | Action | À retenir |
| 1 | Payer les frais d’examen du dossier | Si tu résides hors du Japon, utilise le système de paiement en ligne par carte bancaire. |
| 2 | Inscription en ligne | Remplis le formulaire en ligne pendant le créneau indiqué, à 10 h (heure du Japon). |
| 3 | Envoi postal | Envoie TOUS les documents (formulaire COE, relevés de notes, photos) par DHL ou FedEx. |
| 4 | Demande de COE | Le « Certificate of Eligibility » doit être rempli à l’ordinateur, et non à la main. |
Consulte ici le guide officiel d’admission de l’université Waseda. J’ai déposé ma candidature en 2023, et les informations peuvent être obsolètes. Si tu repères quelque chose, dis-le-moi en commentaire.
Note importante sur les finances
Tu dois fournir une attestation de solde bancaire. Le Japon demande une preuve que tu as, ou que ton garant a, suffisamment d’argent pour y vivre. Ce document est délivré par la banque et doit comporter un cachet officiel.
En résumé : ce que j’ai appris
- Pas de signature numérique : fais tout signer à la main.
- Commence tôt : contacter un professeur prend à lui seul un à deux mois.
- Courrier postal : prévois un budget pour les envois internationaux coûteux.
- Projet de recherche : veille à ce qu’il soit pertinent pour le Japon.
Postuler à Waseda a été un vrai défi, mais j’ai réussi en tirant les leçons de mes erreurs à Doshisha. Respecte les consignes, n’oublie pas que les démarches se font encore « à l’ancienne », sur papier, et tu finiras par rejoindre Tokyo !
Tu hésites entre la Corée et le Japon ? Pas de souci, j’ai préparé un guide où je compare le Japon et la Corée.
Si tu es accepté à Waseda, mon guide du budget étudiant pour deux ans à Tokyo pourrait t’intéresser, tout comme celui sur les démarches à faire en arrivant à Tokyo.
Et puis, lis aussi mon guide de Tokyo et prépare-toi à un choc culturel.
Admission AO à Waseda : FAQ
Faut-il parler japonais pour postuler à Waseda ?
Pas pour les programmes enseignés en anglais. J’ai postulé à un programme en anglais à la Graduate School of Fundamental Science and Engineering. Pense toujours à vérifier les exigences linguistiques de ton programme dans le guide officiel des admissions.
Quand faut-il contacter un professeur ?
Le plus tôt possible. D’après mon expérience, trouver un professeur, échanger des e-mails et passer un bref entretien m’a pris un à deux mois avant même que je puisse déposer ma candidature.
Puis-je candidater à Waseda depuis l’étranger ?
Oui. La procédure AO repose principalement sur les documents : tu paies les frais d’examen du dossier en ligne, tu t’inscris sur le site, tu envoies tes documents par transporteur international et l’entretien peut avoir lieu en ligne.
Quelle est la partie la plus importante du dossier de candidature ?
Le projet de recherche et la compatibilité avec ton futur directeur ou ta future directrice de recherche. Un projet clair, qui explique pourquoi le sujet compte, pourquoi tu es la bonne personne et pourquoi Waseda est le bon endroit, pèse plus qu’une longue liste de réussites.
Combien de temps dure toute la procédure AO de Waseda ?
Prévois plusieurs mois. Prendre contact avec un directeur ou une directrice de recherche, échanger des e-mails et passer un entretien peut déjà prendre un à deux mois, sans compter l’envoi du dossier et son examen. Commencer tôt, c’est la meilleure chose que tu puisses faire.
Quelles sont les règles de Waseda concernant les lettres de recommandation ?
Elles doivent être signées à l’encre, pas électroniquement, puis envoyées dans une enveloppe scellée dont le rabat est signé. Prépare-les bien à l’avance : cette exigence prend beaucoup de candidats au dépourvu.
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